Institut de documentation, de ressources et d'études en systémique.
Association sans but lucratif.
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Archives de "la lettre systémique" d'IDRES.
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Vous trouverez ci-dessous la lettre du Président Juan Luis Linares.
Chers membres d'EFTA,
En dix ans, l'EFTA a connu d'importants changements. Avant le premier congrès à Sorrento en 1992, c'était un groupe d'amis, pionniers de la thérapie familiale dans quelques pays d'Europe. Depuis lors, le changement, tant d'un point de vue quantitatif que qualitatif, a été spectaculaire, convertisant EFTA en une organisation complexe et très originale.
Au cours de ces dix années, les thérapeutes européens ont pu apprécier la réussite de projets concrets: quatre magnifiques congrès (Sorrento, Athènes, Barcelone et Budapest); un bulletin ou "newsletter", embryon d'une future Revue Européenne de Thérapie Familiale; et surtout la consolidation d'une infrastructure de canaux de communication, indispensable à la construction de l'Europe de la Thérapie Familiale Systémique.
A l'occasion, certains d'entre vous ont pensé que, pour la majorité de ses membres, EFTA n'existait que pendant les congrès. En dehors de ceux-ci, comme dans tant d'autres sociétés scientifiques, EFTA restait dans le champ du virtuel. Ils ont raison, même si, ceux qui pensent ainsi, doivent faire l'effort de comprendre les causes de ce manque relatif d'activités. Pour ma part, je l'attribue au repli nécessaire de tout organisme en transformation, qui utilise la majeure partie de ses énergies pour générer de nouvelles structures. Une fois le changement accompli arrive le moment de s'ouvrir sur l'extérieur et de développer les potentialités accumulées. Et nous y sommes!
Nous vous avons déjà décrit en détail les changements de structure qui seraient mis en place au congrès de Budapest, je ne les reprendrai pas ici. J'aimerais cependant vous faire une brève chronique du congrès en insistant tout particulièrement sur les élections qui s'y sont déroulées.
En effet, et conformément à ce qui était prévu, les trois forums ont élu leurs représentants respectifs (board chamber), avec les résultats suivants:
1. Pour le Forum des membres individuels (IM):
· Edith Goldbeter
· Jacques Pluymaekers
· Elida Romano
· Juan Luis Linares
· Matteo Selvini
· Hugh Jenkins
· Marco Vannotti
2. Pour le Forum des associations nationales (NFTO) :
· Arlene Vetere
· Eric Louis
· Ineke Muinen
· Roberto Pereira
· Charis Katakis
· Kurt Ludewig
· Jaakko Seikkula
3. Pour le Forum des centres de formation (TI) :
· Elkaïm Mony
· Kyriaki Polychronis
· Annette Kreuz-Smolinski
· Luigi Onnis
· Rodolfo de Bernart
· Allan Holmgren
· Micheline Christen
L'étape suivante fut l'élection du nouveau président par
les 21 membres du conseil d'administration d'EFTA (19 en réalité
étant donné l'absence de Marco Vannotti et Jaakko Seikkula).
Deux candidats se présentaient: Eric Louis et moi-même, Juan-Luis
Linares.
Bien que, statutairement, il était spécifié que le candidat
élu devait obtenir 75 % des votes dans chaque "board chamber",
nous sommes arrivés à l'accord suivant: si après deux votes
aucun des candidats n'arrivait à ce pourcentage, la majorité simple
suffirait pour élire le nouveau président lors d'un troisième
vote.
Et c'est ce qui s'est passé. Les deux premiers votes ont fait apparaître des résultats identiques: 14 voix (74%) pour Linares (6 de la IM, soit 100%, 7 de la TI, soit 100%, et 1 de la NFTO, soit 17%) et 5 voix pour Louis (soit 83% de la NFTO). Et au troisième vote, il y eut unanimité: 19 voix pour Linares. Les représentants des NFTO qui ne m'avaient pas donné leur voix antérieurement, firent le geste élégant de voter pour moi lors de ce dernier vote afin de marquer la cohésion et le respect.
Juan Luis Linares élu président, une place devenait vacante dans la "board chamber" des membres individuels. Cette place a été dévolue à Tamas Kurimay, candidat élu en huitième position.
Et pour terminer, chaque" board chamber" a procédé à l'élection des postes de président, trésorier et secrétaire ainsi qu'à la désignation de ses 2 représentants au sein du Comité de Coordination que le président dirige.
La structure est la suivante:
Comité de Coordination: Juan Luis Linares (Président)
Tamas Kurimay Représentants
Elida Romano I.M.
Mony Elkaïm Représentants
Luigi Onnis T.I.
Arlene Vetere Représentants
Eric Louis NFTO
Voici la composition des "board chambers" des 3 forums:
Membres individuels Centres de formation NFTO
Jacques Pluymaekers(président) Mony Elkaïm(président) Arlene
Vetere(présidente)
Edith Goldbeter Kyriaki Polychronis(secrétaire) Ineke Muinen(secrétaire)
Hugh Jenkins Rodolfo de Bernart(trésorier) Eric Louis(trésorier)
Elida Romano Annette Kreuz Charis Katakis
Marco Vannotti Micheline Christen Roberto Pereira
Matteo Selvini Allan Holmgren Jaakko Seikkula
Tamas Kurimay Luigi Onnis Kurt Ludewig
La "board chamber" des membres individuels doit encore confirmer les postes de secrétaire et de trésorier.
En tant que nouveau président, je me permets de me présenter
brièvement.
La plupart des membres d'EFTA me perçoivent peut-être comme étant
dans la continuité de l'ancien conseil d'administration. Cela tranquillise
certains et en inquiète d'autres, comme cela se passe inévitablement
dans tout processus électoral. J'aimerais vous dire que je me sens, en
effet, dans la continuité mais qu'il n'y a pas de raison de s'en inquiéter.
Je m'identifie pleinement à l'état d'esprit qui a conduit à
la construction d'EFTA et à l'équipe de collègues et d'amis,
avec à sa tête Mony Elkaïm, qui a dirigé le processus.
Cependant, je suis également pleinement conscient que la nouvelle et
beaucoup plus complexe EFTA nécessite un leadership différent.
Permettez-moi une petite fantaisie. Je mesure 1,71 mètre et je pèse 75 kilos. Quelqu'un peut-il donc prétendre que mon profil professionnel serait égal à celui de Mony? Favoriser le développement de chaque forum selon ses propres lignes tout en préservant l'unité d'EFTA : cela sera mon objectif, et aussi mon obsession, à l'écart de tout directivisme.
Et reprenant le fil du congrès de Budapest, je tiens à féliciter
Tamas Kurimay et son équipe du comité d'organisation pour le splendide
travail réalisé. Ce fut non seulement un congrès de haut
niveau mais également un congrès qui a accueilli deux évènements
d'envergure.
Le premier fut la visite du premier ministre de Hongrie qui confirme sur le
plan politique l'importance des fondements de la thérapie familiale.
C'est un soutien de grande valeur quand, sur d'autres fronts politiques, les
thérapeutes systémiques allemands sont confrontés à
d'importantes difficultés pour être reconnus professionnellement.
L'autre succès important fut la vidéo-conférence qui, grâce au patronage de la Compagnie hongroise de Téléphone, s'est réalisée entre Budapest et Miami où se tenait le congrès de l'A.F.T.A. Que des figures représentatives de la thérapie familiale en Europe et en Amérique puissent se parler et échanger des idées à travers l'océan au moment même de leur congrès respectif fut un fait historique.
Merci à tous ceux qui ont rendu possibles ces moments enrichissants et toutes ces émotions. Merci aux membres de l'ancien conseil d'administration qui se retirent ainsi qu'à ceux qui continuent. Merci à ceux qui commencent cette nouvelle étape car en nous rejoignant ils représentent mieux que jamais la confiance en EFTA et en son futur.
Le nouveau conseil d'administration d'EFTA se réunira les 23-24-25 novembre 2001 à Barcelone. Une assemblée générale des membres individuels permettra l'admission de nouveaux membres.
Barcelone, 15 octobre 2001
Juan Luis Linares
Vous trouverez ci-joint les textes relatifs au statut de psychothérapeute
et de counselor élaboré par le Ministère de la Santé
publique de Belgique.
http://www.health.fgov.be/AGP/fr/sujets_actualite/sujets_actualite-index.html
Vous enverrez vos réactions à j.pluymaekers@wanadoo.be
Depuis sur le même sujet au début du mois de septembre une prise
de position des psychanalystes français:
L'éventuel projet de réglementation des psychothérapies risquerait d'inclure la psychanalyse. Il porterait d'ailleurs également préjudice à ceux qui déclarent actuellement leur activité sous l'intitulé de la psychothérapie. C'est dans ce contexte que la Fondation Européenne pour la Psychanalyse a participé à un groupe de travail avec d'autres associations et qu'elle est également cosignataire avec cinq autres associations d'une lettre à Bernard Kouchner.
On pourra lire ci-dessous le texte de cette lettre.
Monsieur le Ministre délégué à la Santé,
Un « Groupe de contact » réunissant des membres d'un certain nombre de Sociétés de Psychanalyse s'est réuni dès 1998 afin de réfléchir aux problèmes soulevés par les projets de réglementation de la psychothérapie en cours dans notre pays. Les membres de ce groupe, réunis à l'initiative du Président de la Société Psychanalytique de Paris sont issus des sociétés suivantes :
Association Analyse Freudienne
Association Freudienne Internationale
Association pour une instance tierce des Psychanalystes
Association Psychanalytique de France
Centre de Recherche en Psychanalyse et Ecritures
Cercle Freudien
Espace Analytique
Fondation Européenne pour la Psychanalyse
Quatrième Groupe, Organisation Psychanalytique de Langue Française
Société de Psychanalyse freudienne
Société Psychanalytique de Paris
Chacune de ces Sociétés adressera son point de vue à votre Ministère. Nous vous envoyons ci-joint celui qui a été adopté en commun par les six associations.
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Monsieur le Ministre délégué à la Santé,
Une réglementation prochaine de l'activité des « psychothérapeutes » a été annoncée par Madame la Secrétaire d'État à la santé et aux handicapés lors de la séance de l'Assemblée Nationale du 11 janvier 2001. Monsieur le conseiller Obrecht nous avait déjà informés de ce projet gouvernemental, élaboré dans un souci de santé publique et de protection contre les dérives sectaires. Comme il nous l'a confirmé par écrit, cet éventuel « statut du psychothérapeute » serait obtenu grâce à un diplôme universitaire (de psychiatrie ou DESS de psychologie) joint à une formation dans une « société de psychothérapie » agréée, sur la base d'un cahier des charges.
Or, aucune de ces deux conditions n'assurera la sécurité des usagers. D'une part, un diplôme universitaire ne forme à aucune sorte de « pratique du psychisme ». Et d'autre part, sur quels critères seraient sélectionnées des « sociétés de psychothérapies » à agréer ? Dans les dernières décennies, des centaines de psychothérapies ont vu le jour. Ces pratiques se sont regroupées dans quelques associations dont l'intitulé masque leur grande diversité. On peut évaluer l'extrême hétérogénéité que couvrirait un titre de « psychothérapeute » en consultant les listes de syndicats comme le SNPPSY et l'AFFOP. Il recouvrirait des pratiques aussi variées que le « rebirth », le « new-age », la « psychothérapie tibétaine », le « cri primal », l'« amourothérapie », la « gestalthérapie » etc. De plus, de nouvelles techniques apparaissent constamment, en fonction de l'échec des précédentes et de la mode. Comment les pouvoirs publics choisiront-ils entre ces innombrables méthodes ? Aucun critère scientifique ne permet de le faire. Et s'il fallait entériner le statu quo, il abrite déjà des associations à tendance sectaire, et des pratiques de suggestion de même nature.
L'actuel projet gouvernemental reprend à son compte à la fois la proposition de loi du député Accoyer (qui réserverait le titre de psychothérapeute à certains diplômés universitaires) et la proposition de loi du député Marchand (qui la réserverait aux membres d'associations déjà existantes de psychothérapeutes). Mais les défauts de la première proposition ne sont pas compensés par la seconde. Elle lui ajoute au contraire ses défauts propres, en donnant de plus faussement l'impression d'une unité de pratique, inexistante. Il est illusoire de penser qu'un diplôme universitaire peut pallier le caractère fantaisiste de la plupart des « psychothérapies », et réciproquement ces « psychothérapies » ne pallieront pas l'absence de formation pratique du cursus universitaire. En réalité, l'actuel projet revient à délivrer un diplôme sous une responsabilité de l'État, à peine dissimulée par une « commission de spécialistes », qui sera un lieu de marchandage et de partage du marché - en l'absence de référence scientifique.
En tant que psychanalystes, nous avons la responsabilité d'alerter les pouvoirs publics sur les faits suivants : on ne peut définir une psychothérapie, mais seulement des « effets psychothérapeutiques ». Ces « effets » résultent de la suggestion psychique : un médecin, un psychologue, un psychiatre peuvent considérer à bon droit que leur acte engendre un bénéfice psychothérapeutique. Mais ce résultat peut se constater aussi dans la relation avec un musicien, un peintre, un danseur, ou à fortiori avec un religieux. Naturellement, nul n'interdit à un clinicien, à un musicien ou à un peintre de s'intituler « psychothérapeute ». Mais ce qualificatif ne peut être garanti par l'État (il en va d'ailleurs de même pour la psychanalyse). Le qualificatif « psychothérapeutique » peut être attribué à tout ce qui soulage les souffrances psychiques, mais il ne saurait constituer un statut. Il n'existe pas de « psychothérapie » (au singulier) dont on pourrait faire la description, de même qu'on ne saurait établir une liste exhaustive de « psychothérapies ». Le qualificatif de « psychothérapeutique » ne permet pas de définir le substantif d'un statut, titre qui tromperait gravement le public avec la caution de l'État : sa promesse aggraverait considérablement les problèmes de santé qu'il se propose de solutionner. Comme l'effet psychothérapeutique s'appuie sur la suggestion, la possibilité d'abus ne sera pas l'exception, mais la règle.
Ces raisons de fond invitent d'autant plus à un principe de précaution et à surseoir à un statut de psychothérapeute, qu'il faut aussi prendre en considération le lobbying employé à tous les niveaux par les associations de psychothérapeutes, dont les méthodes jettent un doute sur leurs ambitions. Un examen des textes et des procédés employés devrait amener à un principe de précaution élémentaire : on ne peut ignorer que parmi les regroupements de psychothérapeutes les plus représentatifs, le SNP-Psy a été la partie la plus active de la FFdP qui apparaît comme un mouvement à caractère sectaire (cf. ainsi qu'une analyse du rapport et annexes de l'AFNOR). L'unification de surface des pratiques les plus diverses destinées à répondre de toutes les problématiques, aussi bien celles du couple, de la drogue, de la violence dans les banlieues etc., et cela sans référence théorique ni par conséquent déontologique, évoque une entreprise de marketing destinée à avoir accès aux fonds publics (remboursements des soins et budget de formation).
Parmi les éléments préoccupants, on constate par exemple que nombre de responsables d'associations de psychothérapeutes s'autoproclament psychanalystes, alors qu'ils n'appartiennent à aucune association de psychanalystes et n'ont bénéficié de la formation d'aucune d'entre elles. Cette désinvolture ne laisse pas bien augurer de leurs prétentions futures.
Si malgré notre avis, une réglementation du titre de psychothérapeute devait voir le jour, la formation psychanalytique devrait être formellement exclue des textes concernés. En effet, d'une part la formation psychanalytique réclame, outre une analyse personnelle, d'appartenir ou d'avoir appartenu un temps suffisant à une association psychanalytique. D'autre part, la psychanalyse ne saurait cautionner des pratiques au rabais qui cherchent à tirer bénéfice du prestige de la psychanalyse en jouant sur la confusion « psy ».
De leur côté, les psychanalystes ne réclament pas une réglementation d'État. Depuis un siècle, la psychanalyse a progressé grâce aux mêmes principes, sa méthode est restée inchangée, et son corpus théorique demeure stable : c'est forte de cette autorité que les associations psychanalytiques considèrent de leur responsabilité de faire connaître les risques que ferait courir à la santé publique l'attribution par l'État d'un titre impossible à garantir, et gros de toutes les dérives.
Par ce même courrier, nous avons l'honneur de demander à Monsieur Bernard Kouchner un rendez-vous, afin de nous informer auprès de lui de l'état actuel du projet concernant la réglementation des psychothérapies et de lui faire connaître notre point de vue.
Veuillez agréer, Monsieur le ministre, l'expression de notre respectueuse considération.
Et à l'adresse suivante:
http://www.oedipe.org/actu/levy.php3 vous trouverez le texte de Danièle
Levy:
Une politique pour la psychanalyse
Fondation Européenne pour la psychanalyse, 25 mars 2000
Danièle Lévy
Membre fondateur et secrétaire de l'Association pour une instance tierce
des psychanalystes (A.P.U.I.)
La réglementation de la psychothérapie est en cours. La Direction générale de la Santé y est favorable, le Conseil de l'Ordre des médecins la demande. Les raisons invoquées côté Conseil de l'Ordre : "défaut d'information du public et des médecins", "utilisations anormales du titre de psychothérapeute" (sectes, charlatanisme). "Nécessité de clarifier les termes et ce qui permet à quelqu'un de se dire psychothérapeute." (Dr Grünbaum, secrétaire). Ajouter : la volonté des psychothérapeutes ; assez peu de psychanalystes avec eux, semble-t-il, mais notre interlocutrice au Ministère nous répond : plus que vous ne croyez ; et l'opinion publique, car de l'aveu de tous la demande est importante et croissante.
Il s'agit de savoir dans quelle mesure et en quoi cela concerne les psychanalystes.
Informations
Sources
Le Ministère de la santé, en la personne de la rédactrice
du projet de loi, début mars, le projet étant alors au Cabinet
; ce qui signifie, prêt à être utilisé par les politiques
au moment qu'ils jugeraient opportun. Autrement dit, les consultations préalables
étaient jugées suffisantes.
Le colloque de jeudi 23 mars à l'Assemblée nationale, avec une
intervention du Conseiller technique à la santé mentale.
Pour le moment, les formes de cette réglementation sont en discussion.
Les bases de la discussion sont actuellement :
un projet du ministère, qui semble maintenant en voie de révision.
Il prévoyait la création d'une profession de psychothérapeute
divisée en trois grandes sections : cognitives, systémiques, relationnelles,
la psychanalyse devant être incluse dans ces dernières. Notre interlocutrice
n'excluait pas la possibilité de créer une quatrième catégorie
propre à la psychanalyse.
la proposition de loi du Dr Accoyer, tendant à réserver l'exercice
de la psychothérapie aux seuls psychologues cliniciens et psychiatres
qualifiés. C'est dans le cadre de cette proposition que prend place le
colloque dont je parlerai plus loin. Dans ce cas, la psychothérapie ne
serait pas une profession mais une méthode de soin, en termes d'organisation
de la santé, un acte. Il y aurait lieu de distinguer entre un volet proprement
thérapeutique, réponse à un trouble psychique identifié
comme tel, et un volet de "bien-être", hors pathologie.
Contextes
Au Ministère, notre interlocutrice se montre à la fois compréhensive
du désarroi des professionnels et excédée par les multiples
visites qu'elle reçoit - y compris les sociétés de psychanalyse.
Il en va de même au niveau du Cabinet. Ils ont une difficulté certaine
à comprendre pourquoi les psychanalystes refuseraient d'être intégrés
parmi les psychothérapeutes. Un titre légal ne serait-il pas une
garantie de sérieux ?
À l'Assemblée nationale se révèle une politique pour la psychanalyse menée par la SPP, avec l'APF. Patrick Guyomard, président de la Société de psychanalyse freudienne, est également présent à la table ronde, seul représentant des psychanalystes non-membres de l'IPA. Il s'agit de démarquer la psychanalyse des psychothérapies et aussi de détourner le danger majeur que représenterait l'existence d'une profession de psychothérapeute. Pas question de laisser la psychothérapie aux psychothérapeutes, pas question non plus d'y intégrer la psychanalyse : tel me paraît être le sens de cette intervention.
Dans ce souci, les analystes de la SPP ont élaboré divers modes de prise en charge psychothérapiques. Ils reconnaissent l'existence d'autres méthodes, en les rapportant à d'autres indications, voire d'autres théories de la vie psychique. Ils fournissent les éléments d'une définition de l'acte et des impératifs de la formation dans lesquels l'inspiration freudienne est sensible, mais qui se situent résolument dans la logique de la santé : indications, évaluations, prescription, cadre professionnel clairement défini. L'acte psychothérapique est un des moyens de répondre, soit à des troubles, soit à un mal-être d'origine psychique. Ce n'est pas la seule. Il vise à produire un changement dans la vie psychique et se heurte nécessairement à la résistance de l'appareil psychique : la psychothérapie ne peut pas se résumer à un "training".
Quant à la formation qui autorise à pratiquer l'acte psychothérapique, elle ne peut que se greffer sur expérience autre, clinique, et sur une formation théorique. Elle implique : 1) des connaissances, notamment en psychopathologie, 2) une expérience accompagnée et guidée Et 3) elle donne lieu à des ambiguïtés inévitables (avec la psychanalyse notamment). Certains ajouteront à la liste des réquisits : 1) un "savoir être", càd une connaissance de soi suffisamment poussée, éventuellement évaluée par des procédures de sélection, et 2) des facultés de critique et de pensée qu'on n'acquiert qu'à l'université (Bac+5).
Aux formations académiques actuelles, il manque les méthodes de psychothérapie : les intégrer et/ou passer des accords avec des instituts de formation sérieux. Peut-être faudrail-il aussi prévoir des équivalences : analystes non psychiatres-- non-psychologues, certains éducateurs ou infirmières, certains médecins ... Réaction du conseiller technique à la Santé mentale : il prend note de l'opposition qui se manifeste à un statut professionnel ou un titre de psychothérapeute. Le projet de loi s'élaborera à partir de trois questions : quelle qualification ? comment s'acquiert-elle ? qui peut s'en porter garant ?Si les psychanalystes souhaitent se tenir à l'écart, précise-t-il, ceux d'entre eux qui voudraient se déclarer psychothérapeutes auront à faire le parcours. (Attention, exercice illégal de la psychothérapie en vue ! )
La question : qu'en serait-il de la psychanalyse ? avait été posée auparavant, notamment par Guyomard, et une seule réponse était venue : " la psychanalyse doit rester la psychanalyse", "la seule science humaine qui permette l'exploration psychique" (Dr Vasseur, associé avec le Dr Accoyer) ; et les sociétés, des sociétés savantes. Il s'agit donc bien d'une politique de la SPP en tant que société de psychanalyse, politique destinée à préserver la psychanalyse en la tenant à l'écart. On peut sans doute en concevoir et en préférer une autre, mais c'est une politique.
Commentaires
Si troublante que soit cette question des psychothérapies, je ne crois
pas que ce soit le problème principal, même aujourd'hui. La réglementation
de la psychothérapie ne constitue qu'un effet d'un problème plus
général et plus fondamental, celui des dangers que court aujourd'hui
la psychanalyse. Avec l'évolution actuelle de la civilisation, il ne
s'agit plus de dénigrement, de méconnaissance et d'agressions
comme du temps de Freud mais de confusion, de détournement et d'abus.
Qu'est-ce qui est plus totalitaire que la confusion, plus saisissant que le détournement ? On ne peut dire ni oui ni non, et c'est bien ainsi que se pose à nous la question de la psychothérapie prise isolément : comme une aporie. On ne peut certainement pas dire que nous sommes des psychothérapeutes, au sens où la psychothérapie se définit depuis son origine par le recours à un moyen dit "psychique" de résoudre un symptôme identifié comme un trouble et d'obtenir plus d'adaptation, plus de normalité ; mais on ne peut pas dire non plus que la psychanalyse n'est pas thérapeutique. Aucune des deux positions n'est tenable longtemps.
Les psychanalystes n'ont pas inventé la psychothérapie, mais ce sont eux qui lui ont apporté ses garanties de sérieux, ses lettres de noblesse. Auparavant, elle se réduisait à la suggestion, à un usage particulier de l'autorité du médecin. Après, elles s'en inspirent, elles en dérivent. La plupart des méthodes thérapeutiques - y compris la comportementale - ont été inventées par des psychanalystes, dissidents ou non. Ôtez l'un ou l'autre point essentiel de la psychanalyse, rabattez le reste sur l'urgence du symptôme ou du mal-être, sur la pression de la demande ou de l'angoisse, vous avez une "méthode" de psychothérapie. Mais qu'en est-il de l'au-delà de la suggestion, que nous avons découvert ? Toutes les ambiguïtés prennent leur source là.
En cas de réglementation de la psychothérapie, la nouveauté de la situation réside en ceci : soit la psychanalyse est incluse dans les psychothérapies, soit elle en est exclue. Soit la confusion est inscrite dans la loi, soit les psychanalystes tombent sous le coup d'un exercice illégal de la psychothérapie. À moins qu'ils n'aient une profession de couverture, psychothérapeute en serait une nouvelle, à côté de médecin ou psychologue. Une politique pour la psychanalyse aujourd'hui répondrait au nouveau mode dominant de résistance à la psychanalyse qu'on peut qualifier d'empiètement. Nouvelle civilisation, forme nouvelle du malaise. L'attitude par rapport aux psychothérapies est à déterminer par rapport au problème que se pose chaque analyste, et chaque groupe analytique : comment faire aujourd'hui pour que la psychanalyse vive ?
Il y a au moins deux conditions essentielles pour que vive la psychanalyse. Première condition : qu'il y ait des psychanalystes dignes de ce nom, c'est-à-dire d'abord, dûment formés. C'est une condition nécessaire, mais elle ne suffit pas à ce qu'il y ait effectivement du psychanalyste. Il faut aussi ... des analysants - et pas seulement des gens qui demandent des psychothérapies et s'en tiennent là. Autrement dit : qu'il y ait un extérieur. C'est dans l'articulation de la psychanalyse avec son extérieur que se situent aujourd'hui les problèmes. Serge Leclaire l'avait compris, il y a plus de dix ans.
Comme Jacques Sédat l'a souligné ce matin, c'est certainement l'expérience de la Commission Gérolami qui a permis de le comprendre. La compréhension du problème est venue, comme toujours, lorsqu'une solution est apparue en acte, dans un lieu imprévu de la réalité. Le travail de cette Commission a montré de façon saisissante qu'une articulation avec un domaine qui semblait à première vue absolument hétérogène à la psychanalyse, l'administration, y compris celle des finances, était possible et bénéfique.
Tel était le sens de l'appel à constituer une Instance qui représenterait la psychanalyse auprès de la société dans son ensemble (décembre 1989). Du point de vue juridique, la forme « Ordre », suggérée par M. Gérolami en réponse à ce qu'il avait perçu du métier de psychanalyste lors des réunions de la Commission, paraissait la plus adaptée parce qu'elle préserve au maximum l'autonomie d'une profession tout en lui permettant de traiter de l'ensemble des questions relatives à son articulation avec l'extérieur. On peut certes reculer devant l'association avec un diplôme d'état, si ce dernier est inévitable. On peut aussi inventer une autre forme d'inscription. C'est ce qui a amené l'APUI à parler d'Instance, sans la spécifier autrement que par sa fonction : tierce.
C'est à partir de cette position que nous avons travaillé, depuis dix ans, sur quelque chose qu'on peut appeler le métier de psychanalyste, métier qui, chacun le sait, le fait et le dit, ne se limite pas à la pratique de la cure dite type. Constituer les interfaces avec les champs extérieurs est un travail qui doit être fait par les psychanalystes, non pas sur le mode obsidional, mais par l'affirmation de notre spécificité face à la leur, compte tenu de leur propre fonctionnement, sur leur terrain. Après tout, n'est-ce pas ainsi que nous procédons avec nos analysants ? C'est un aspect de la méthode analytique qui trouve là son application. La question de l'articulation avec le phénomène social "psychothérapie", la question d'une articulation avec le juridique et l'administration devraient à mon avis se poser dans le cadre de cette problématique, c'est-à-dire, à partir de notre spécificité, dans une dialectique avec l'extérieur, et non en termes de compromis acceptables ou inacceptables.
Quels sont les problèmes que pose aujourd'hui l'articulation avec l'extérieur ? On peut, me semble-t-il, les regrouper autour de trois points : la garantie, la spécification, l'institution.
Il faut une garantie. Nous ne formons pas des psychanalystes uniquement pour nous-mêmes ! La garantie n'ira pas sans semblant, mais qu'est-ce qui va sans semblant ? Elle est nécessaire pour le public, du fait des abus qui se multiplient, et en cas de besoin pour les pouvoirs publics.
Garantie signifie : des instances pour se porter garant. Qui peut se porter garant, si ce n'est les sociétés de psychanalyse ? Seul un ensemble suffisant de psychanalystes est à même d'identifier une formation psychanalytique, c'est pourquoi seul un tel ensemble peut la définir et s'en porter garant. Sans la formation, le talent n'est qu'une virtualité.
Est-il nécessaire de rappeler que toutes les sociétés sans exception ont la même position par rapport à la garantie, ou habilitation, ou nomination ? La garantie ne porte que sur la formation, pas sur l'effectivité des cures. Elle est relative et toujours à remettre en cause : le sérieux avec lequel la société considérée travaille la question et y apporte des solutions est la seule garantie possible. Cela aussi fait partie de la spécificité de la psychanalyse dans le monde d'aujourd'hui.
On peut certes objecter qu'il n'y a de psychanalyste qu'en acte, que le psychanalyste a en quelque sorte obligation de résultat, qu'en dehors de l'effectivité de l'acte psychanalytique, il n'y a pas de psychanalyste. Mais paradoxalement, une telle objection va dans le sens d'un exercice sous-couvert. Alors, pourquoi pas psychothérapeute ?
Avec ou sans profession de couverture, celui qui veut se dire psychanalyste doit en avoir acquis la compétence, et cette compétence ne s'acquiert que par les voies classiques de la formation : analyse personnelle effective comme condition d'accès, contrôles, participation active à des séminaires théoriques et cliniques. La formation ne peut être validée que par une société de psychanalyse. Si celle-ci estime qu'il ne peut pasexister de garantie, elle doit le dire, et l'étayer.
Même s'il n'y avait pas moyen d'éviter que la psychanalyse soit intégrée aux psychothérapies, il serait d'autant plus important de maintenir l'autorité des sociétés sur le titre de psychanalyste, parce qu'il faut une autorité et que, en tant que plurielles, elles constituent la seule autorité possible.
Spécifier la psychanalyse
L'extérieur de la psychanalyse ne se réduit pas aux médias. Ecrire des livres, parler à la télévision, cela ne fait pas grand-chose. La conversion à la psychanalyse peut relever d'une sorte d'épiphanie pour le sujet, mais elle ne vaut que si elle engage au travail psychanalytique. C'est à son éthique et à sa méthode qu'on reconnaît le psychanalyste, pas à ses professions de foi.
Spécifier la psychanalyse, c'est rendre compte de sa méthode, de sa visée et de ses effets. Et préciser la formation indispensable. À ces niveaux, il existe un ensemble de repères communs auxquels les psychanalystes, et eux seulement devraient pouvoir souscrire - malgré le plagiat systématique de certains psychothérapeutes. Safouan parlait tout à l'heure de Charte, l'APUI en a rédigé une en 1993, qui a été envoyée à toutes les associations. Le groupe dit "Cournut" a rédigé un texte. Preuve que les différences ne sont pas insurmontables.
L'institution de la psychanalyse
Les psychanalystes se sont donné une forme institutionnelle destinée à maintenir et transmettre la psychanalyse dans sa spécificité : la société de psychanalyse. Ces sociétés, qui fonctionnent toutes, avec des variantes, sur le même modèle, sont aujourd'hui plurielles et discutées. On a coutume de dire que la moitié de ceux qui se réclament de la psychanalyse n'appartiennent à aucune association. Il y a là un problème qui concerne l'ensemble du mouvement psychanalytique et qui doit être traité. Quant à la pluralité, est-elle si surprenante ? La diversité est consubstantielle à la psychanalyse. Il n'y a qu'une théorie psychanalytique mais plusieurs façons de la parler, car chaque psychanalyste a à y prendre sa place. La pluralité des groupes ne devrait pas faire oublier la fonction de Société. Un groupe de psychanalystes ne constitue pas ipso facto une société de psychanalyse.
La société de psychanalyse est en position d'intermédiaire, de médiateur entre le psychanalyste et la société civile, entre le psychanalyste et l'appareil d'état. Il appartient notamment aux sociétés de psychanalyse de protéger le couple psychanalysant- psychanalyste de toute ingérence extérieure. Ainsi, la question de l'argent plusieurs fois évoquée ici ne devrait pas être réglée de l'extérieur, autoritairement. Elle se règle entre le psychanalyste et la personne qui s'adresse à lui, en fonction de la situation transférentielle et d'un jeu entre possible et impossible.
Toutes les règles qui constituent l'espace psychanalytique se présentent ainsi comme paradoxales par rapport à l'espace social défini par les règles de la démocratie. La psychanalyse n'en constitue pas moins un lien social, et c'est la spécificité de ce lien qu'il s'agirait de faire valoir et de préserver aujourd'hui.
Je terminerai sur une autre aporie : chaque psychanalyste, comme chaque groupe psychanalytique, est partagé entre un sentiment d'extraterritorialité et la nécessité d'inscrire la psychanalyse dans le social. Après tout, Freud n'a pas gardé ses découvertes pour lui. Le psychanalyste n'est à confondre avec la psychanalyse : aucun psychanalyste ne peut parler au nom de la psychanalyse. C'est l'intérêt de la psychanalyse qui doit décider de la solution, c'est d'abord sur ce point que doit porter le débat. Tel est le sens du terme : une politique pour la psychanalyse. Il s'agit de faire en sorte qu'elle vive, et non pas seulement qu'elle survive.
Danièle Levy
Et enfin à l'adresse suivante toujours sur le même sujet:
http://www.oedipe.org/actu/apu.php3 vous trouverez le texte suivant: Pour
soutenir l'analyse "laïque", Quelle politique ?
C'est la plainte pénale dont Theodor Reik est l'objet pour exercice illégal
de la médecine, qui décide Freud à écrire LA QUESTION
DE L'ANALYSE PROFANE (1926). Dans la législation autrichienne de l'époque,
une loi à caractère préventif a pour effet de rendre illicite
l'exercice de la psychanalyse par des "profanes". Ces « propos
échangés avec un interlocuteur impartial », c'est-à-dire
avec l'État Freud, au sujet de cette affaire, eut une correspondance
avec le Pr Durig, haut-fonctionnaire, puis avec le Pr Tandler, rapporteur au
conseil municipal de Vienne pour la santé ont donc pour objet de faire
reconnaître la non subordination de la psychanalyse à quelque profession
que ce soit et d'obtenir une modification de la loi.
Affirmer la Laienanalyse implique un questionnement sur la façon de la soutenir. « La pratique de la psychanalyse, se demande Freud, est-elle un objet qui doive être soumis à l'intervention des pouvoirs publics, ou est-il plus indiqué de l'abandonner à son développement naturel ? ». Réponse : « Je ne songe pas à faire des propositions supposant qu'on ait décidé s'il vaut mieux en matière de psychanalyse une réglementation légale ou le laisser-faire..., mais il est prématuré d'intervenir dès maintenant [...] par des prescriptions légales ». « Cette question, souligne-t-il à plusieurs reprises, est soumise à des conditions de temps, comme de lieu ». Et si l'on se décide pour une réglementation, « il faut fixer les conditions selon lesquelles l'exercice de la pratique analytique sera permis à tous ceux qui le voudront, instaurer une quelconque autorité auprès de laquelle on puisse s'informer de ce qu'est l'analyse et de ce qu'il est permis d'exiger pour se préparer à l'exercer, et promouvoir les possibilités de l'enseignement en matière d'analyse. Ainsi donc, conclut-il, ou bien laisser tout tel quel ou bien mettre de l'ordre et de la clarté... ».
Ce texte de Freud nous semble bienvenu pour introduire une réflexion actuelle sur ces mêmes questions. Nous souhaitons par là contribuer à la définition d'une politique pour la psychanalyse en notre temps. Mais définir et mettre en oeuvre une politique supposent des échanges réguliers avec des analystes de tous horizons. Aussi proposons-nous, pour conclure, une plus large concertation entre psychanalystes sur ce sujet et à cette fin.
A - Soutenir publiquement le caractère « laïc » de
la psychanalyse : un souci permanent des psychanalystes.
L'histoire du mouvement analytique montre que ce problème s'est toujours
posé : en tant que mise en oeuvre d'une méthode impliquant l'inconscient
et sa mise en jeu transférentielle, il a toujours été difficile
aux psychanalystes de faire entendre ce qui spécifie leur pratique du
fait, en particulier, qu'elle implique un rapport inédit au savoir y
compris au savoir analytique et une position originale concernant le rapport
au Sujet. C'est la principale raison de la difficulté pour eux, en tant
que profession autonome, de trouver un type d'inscription sociale satisfaisant,
au sens où il s'en aménage dans les circuits sociaux-politiques
habituels. En réalité, en cette matière, et à ne
s'en tenir qu'à la situation française, la psychanalyse n'a jamais
pu éviter de se heurter à une double difficulté : celle
d'avoir à rendre compte de la spécificité de sa pratique
en des termes accordés à une culture donnée ; et celle
d'expliquer pourquoi cette particularité ne se prête pas à
n'importe quelles modalités d'inscription sociale. Or, cette double difficulté
lui est imposée tantôt sous l'effet d'une pression extérieure
: celle du public, de certains services administratifs, ou de certains corps
de l'Etat ; et tantôt, aussi, en raison d'événements intérieurs
à la mouvance analytique elle-même.
1) Les pressions extérieures
La pression du public, tout d'abord. Elle résulte parfois de la plainte
directe des "usagers". Mais c'est par l'intermédiaire de ses
représentants que le public s'est manifesté le plus souvent, qu'il
s'agisse de plaintes déposées par des groupes professionnels syndical,
ordinal ou associatif ou d'initiatives parlementaires. Par exemple, c'est une
plainte du Conseil de l'ordre des médecins qui a déclenché,
à Paris, l'affaire concernant Mme Clark-Williams, psychanalyste "non
psychologue non médecin", donnant lieu à un jugement qui,
pendant vingt-cinq ans, de 1953 à 1978, fit de la psychanalyse une pratique
illicite. Et c'est la proposition de loi récemment introduite par un
parlementaire, le Dr Bernard Accoyer, qui, aujourd'hui, relance la question
de l'inscription sociale des psychanalystes.
Des services administratifs aussi, comme les Directions de l'assurance maladie
ou les Directions départementales de la Santé, peuvent être
amenés à porter plainte pour exercice illégal de la médecine.
Ainsi, dans l'affaire concernant Élise Breuer (1952), psychanalyste et
médecin, c'est à partir de la signature de feuilles de maladie
qu'il y eut sanction. Et dans l'affaire concernant Daniel Auscher, dit Diénal
(1978), c'est l'intervention d'un Inspecteur départemental de la Santé
qui a provoqué le procès (voir plus loin). Mais « l'absence
de volonté politique, aussi bien de l'ordre des médecins que du
ministère, d'appliquer la jurisprudence antérieure », conduisit
le tribunal à demander la relaxe, ce qui mit fin à la situation
d'infraction à la loi, qui durait depuis vingt-cinq ans (Me Daniel Soulez-Larivière,
"L'analyse profane et le droit français", in REVUE INTERNATIONALE
D'HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, n° 3, 1990, p.p. 289-300).
Certains corps d'État, enfin, sont intervenus : en particulier le Conseil
d'État. Celui-ci, dans l'affaire de la TVA, fut saisi en contentieux
par "l'Association freudienne et autres". Et son arrêt du 4
mai 1990 annula, pour excès de pouvoir, l'Instruction de la Direction
générale des impôts qui, en 1983, étendit aux psychanalystes
diplômés de psychologie l'exonération de la TVA. La situation
définie en 1978 fut alors rétablie : un même acte psychanalytique
pouvant recevoir deux traitements fiscaux différents, selon qu'il est
pratiqué par une personne diplômée de la médecine
ou une personne qui ne l'est pas. Puis l'arrêt du Conseil d'État
fut à son tour annulé par l'inscription d'un cavalier budgétaire
dans la Loi de Finances rectificative de 1993.
Ce qui en résulte aujourd'hui :
Depuis le revirement jurisprudentiel survenu en 1978, la psychanalyse est reconnue en tant qu'activité professionnelle à part entière, c'est-à-dire « indépendante par la spécificité de sa méthode et de son objet » : indépendante, en particulier, à l'égard de la médecine. Mais cette reconnaissance résulte d'une abstention et non pas d'une action positive. On est passé d'une situation d'infraction à la loi à une situation de non-droit, le statut civil de la psychanalyse est donc devenu celui d'une « profession para-médicale non réglementée » (M. Yves Racine, commissaire du gouvernement pour le Conseil d'État, mai 1990). C'est là une reconnaissance jurisprudentielle, mais non-réglementaire. En conséquence, la psychanalyse relève, en matière fiscale, de la catégorie des professions libérales, mais avec un statut qui présente, depuis la Loi de finances rectificative de 1993, les particularités suivantes : les psychologues, psychanalystes et psychothérapeutes, s'ils sont « titulaires d'un des diplômes requis, à la date de sa délivrance, pour être recrutés comme psychologue dans la fonction publique hospitalière », bénéficient de l'exonération accordée précédemment aux seuls médecins.
Le souci ainsi manifesté par l'Administration fiscale et le gouvernement, pour tenter de régler de façon équitable l'imposition des psychanalystes, relativise en fait l'acquis de 1978, à savoir la reconnaissance de la psychanalyse comme « activité licite et indépendante à l'égard de toute autre discipline exerçant dans son domaine ». Les psychanalystes non médecins non psychologues sont alors les seuls, en effet, à ne pas bénéficier, de façon juridiquement légale, de l'exonération de la TVA. M. Racine, commissaire du gouvernement, avait fortement souligné cette incohérence juridique lorsque fut rendu l'arrêt du Conseil d'État, le 4 mai 1990. Il dénonçait en particulier la répartition en trois cercles, qui prétendait régler ainsi, au regard de l'impôt, la situation fiscale des psychanalystes : « le premier cercle, seul, possède une base légale (les psychanalystes docteurs en médecine), le second ne repose que sur une doctrine administrative publiée mais illégale (les psychanalystes non docteurs en médecine et titulaires d'un diplôme de psychologie) et le troisième ne repose que sur des appréciations portées d'une manière quasi clandestine, sur les mérites individuels des praticiens concernés. »
Ce troisième cercle d'analystes résulte des travaux d'une commission qui a fonctionné de mai 1988 à juin 1989, soit avant l'arrêt du Conseil d'État. Mise en place à la demande des Ministères du Budget et de la Santé, et composée de personnalités de la communauté analytique, elle fut présidée par un Conseiller-Maître de la Cour des comptes, M. Alain Gérolami. Après avoir défini un certain nombre de critères, la "Commission Gérolami" établit sur dossier une liste d'analystes non psychologues non médecins, qui pourraient, au titre de situations acquises, être exonérés de la TVA. Sur les quatre cent cinquante candidats postulants, deux cent quinze furent retenus. M. Gérolami lui-même, clôturant les travaux, suggéra le premier l'idée d'instance ordinale : une instance qui ne serait plus temporaire, mais permanente ; composée de membres de la communauté analytique, elle serait chargée de veiller à l'autonomie et à l'indépendance de cette profession, ainsi qu'aux modalités optimales de son inscription sociale.
En réalité, depuis la Loi de finances rectificative de 1993,
qui relativise l'acquis de 1978, au lieu des trois cercles de M. Racine, ce
sont quatre catégories d'analystes qu'il faut distinguer au regard du
juridique :
1 - les psychiatres, qui exercent la psychanalyse sous "couverture"
psychiatrique,
2 - les psychologues, qui exercent la psychanalyse sous "couverture"
psychologique,
3 - les 215 analystes "sans couverture", mais reconnus par la Commission
Gérolami,
4 - ceux qui ne disposent ni de couverture ni de la reconnaissance de la Commission
Gérolami.
2) Événements et tensions, intérieurs à la communauté
analytique elle-même
De 1989 à 1997
La question de la "Laienanalyse", ou analyse dite parfois "profane"
parce que non-inféodée à un champ de savoir prédéterminé
ou à quelque regroupement fonctionnant à l'instar d'une église
rebondit, explicitement ou implicitement, à partir de 1989 dans toute
une série d'événements :
Ainsi, la situation juridique de la psychanalyse est mise publiquement en débat,
début 89, lors du Colloque organisé à l'UNESCO par la Société
Psychanalytique de Paris. La question d'un "statut" pour la psychanalyse
y est clairement posée. Dénonçant une situation «
extrêmement confuse », le Président de la SPP (A. Green)
estime qu'une réglementation de la psychanalyse risque de s'imposer «
en raison de l'existence d'analystes non-formés ». Dans cette hypothèse,
précise-t-il, « seules devraient être reconnues comme instances
formatrices les associations membres de l'IPA (SPP et APF), car seules en mesure
de garantir une réelle expérience professionnelle » (Le
Monde, 14 janvier 1989).
Quelques mois plus tard (oct./ nov. 1989), le Collège de psychanalystes,
estimant qu'il s'agit avant tout de garantir l'existence de la psychanalyse
contre sa propre entropie, souligne la place des institutions de formation des
analystes et leur fonction d'instance tierce. Relativisant ainsi ce qui menace
la psychanalyse de l'extérieur, il néglige la dimension politique
de la situation.
C'est dans ce contexte, en décembre 1989, que, prenant en compte la recommandation
de M. Gérolami, la "Proposition pour une instance ordinale des psychanalystes"
est publiée dans "Le Monde", à l'initiative de S. Leclaire
et de quatre co-signataires (L. Israël, Ph. Girard, D. Lévy et J.
Sédat). Cet appel, adressé à tous les psychanalystes, les
invitait à créer ensemble une instance susceptible de réguler
le rapport des praticiens avec l'Etat : « il ne s'agit pas de demander
à l'Etat de définir la qualité de psychanalyste, mais de
s'instituer comme un interlocuteur socio-professionnel d'un type particulier
» (Serge Leclaire : "Note sur les finalités de l'APUI",
juillet 1991).
Dans le même souci, et à la suite de la démarche des psychothérapeutes
visant une demande de réglementation de leur profession, un groupe de
travail s'est réuni à l'initiative de Marilia Aisenstein et Jean
Cournut (SPP) avec la participation de membres des principales associations
psychanalytiques, pour réfléchir aux modalités qui permettraient
de préserver l'autonomie de la psychanalyse. On notera, même si
les positions divergent, la convergence de ces préoccupations.
De 1997 à nos jours
La question de la réglementation est à nouveau posée, fin
1997, avec la démarche des psychothérapeutes auprès des
pouvoirs publics dans le but de voir ainsi « garantir [?] leur compétence
professionnelle et faciliter leur mobilité au sein de l'Union européenne
». Plusieurs associations de psychothérapeutes, qui estiment que
la psychanalyse serait à compter parmi les psychothérapies, distinguent
déjà parmi leurs différentes sections une section de psychanalystes.
Certains analystes sont d'ailleurs prêts, en l'absence de toute forme
de réglementation de la psychanalyse, à recourir au type de "couverture"
ainsi proposé dans l'initiative des psychothérapeutes.
Parallèlement à cette démarche, le Dr B. Accoyer, député
d'Annecy sensibilisé par les travaux de la Commission Vivien au problème
que posent aux politiques le déploiement des sectes et l'abus qui s'y
pratique du titre de "psychothérapeute" a mis récemment
à l'étude (1999) une "proposition de loi", qui a obtenu
le soutien de l'Association française de psychiatrie. Pour le Dr C. Vasseur,
Secrétaire général de cette association, « la question
de la formation aux différentes techniques psychothérapiques reste
le domaine prioritaire de l'Université, en collaboration avec les Sociétés
savantes reconnues ». La proposition Accoyer, qui ne reconnaît pas
la profession de psychothérapeute, vise, selon le Dr P. Staël, Secrétaire
général du Syndicat des psychiatres français, à
« garantir la qualité des pratiques en en réservant la prescription
et la conduite à des médecins psychiatres et des psychologues
cliniciens » (LA LETTRE DE PSYCHIATRIE FRANÇAISE, n° 94, Avril
2000).
De son côté, le Secrétariat d'État à la Santé,
sollicité par deux fédérations différentes d'associations
de psychothérapeutes (FFdP et AFFOP), prépare un "projet
de loi" qui donnerait une existence légale à leur profession
et classerait les psychothérapies en trois sous-ensembles : relationnelles,
cognitivistes et systémiques, la psychanalyse étant éventuellement
rangée dans le premier. L'AFFOP « se prononce pour que la psychothérapie
soit définie comme une profession de santé non médicale,
et examine l'éventualité de la création d'un office des
professions de santé non médicales ».
Plus généralement et par-delà ces initiatives, l'ensemble
des changements survenus dans la société durant les deux ou trois
dernières décennies, et qui sont les effets de profondes mutations
dans tous les champs de l'activité humaine, a provoqué une extension
importante de ce qu'on appelle désormais "le monde psy". Les
"demandes" se font, dit-on, de plus en plus précises, qui souvent
exigent des résultats "garantis et immédiats" (!). Les
méthodes de prise en charge se diversifient ou se renouvellent sans cesse,
tandis que le nombre des "psy" s'accroît en permanence.
Sous le chapeau de cet ordre nouveau, "l'ordre psy", sont rangés
pêle-mêle : psychiatres, psychologues, psychothérapeutes,
sexothérapeutes et psychanalystes. Il en résulte qu'aux yeux des
usagers l'identité professionnelle des praticiens apparaît plus
que jamais incertaine et confuse ; et leurs pratiques avoir des effets mal différenciés,
au point que le terme de "psychothérapie" en vient à
faire office de dénominateur commun.
Qu'en déduire pour une politique actuelle ?
Freud, à propos des "conditions de lieux et de temps", remarquait
en 1926 que "personne jusqu'ici ne s'est soucié de savoir qui pratique
la psychanalyse". Nous pouvons dire, en l'an 2000, que beaucoup, qui se
soucient de le savoir, n'arrivent plus à cerner quels sont ceux qui la
pratiquent effectivement ! D'autant plus qu'aujourd'hui différents facteurs,
parmi lesquels la difficulté de se constituer une clientèle privée,
conduisent nombre d'analystes sous le couvert de la psychiatrie, de la psychologie
ou de la psychothérapie à inscrire leur pratique, parfois exclusivement,
dans le secteur du médico-social. Le fait que ces pratiques obtiennent
certains effets, comparables si l'on se borne à les décrire en
termes thérapeutiques à certains des effets que la psychanalyse
obtient dans son propre champ, a pu laisser croire qu'il s'agit là de
quelque adaptation de la psychanalyse à des situations nouvelles. La
psychanalyse, dite parfois "en extension", tend alors à être
assimilée à une extension de la cure analytique elle-même.
Ceci ne peut que nous inciter à réaffirmer la spécificité
de l'analytique.
Bref, l'ensemble de ces événements et tensions montre que les psychanalystes sont, de façon récurrente, amenés à s'expliquer de plus en plus précisément sur la particularité de leur pratique et de son inscription sociale, tant vis-à-vis du public et de diverses administrations que vis-à-vis des catégories socio-professionnelles qui les sollicitent à des titres divers. L'actualité, avec les projets de réglementation des psychothérapies et le risque d'incidences sur les conditions d'exercice de la psychanalyse, nous presse en tout cas de situer clairement notre pratique. Tous ces facteurs se conjuguent pour rendre insistante la nécessité de soutenir après Freud cela même qu'il entendait par Laienanalyse ; la soutenir, du même mouvement, contre sa propre entropie et par rapport à tout ce qui lui est hétérogène.
À cette fin, la nécessité nous paraît s'imposer d'une concertation entre les psychanalystes des différentes Associations, tant pour soutenir la spécificité psychanalytique face à une multitude de pratiques insuffisamment différenciées que pour parer à l'ingérence éventuelle des pouvoirs publics sous la pression des facteurs ci-dessus évoqués.
B - Statu quo ou réglementation ?
Pour atteindre ces objectifs, on peut se demander comme le fait Freud en 1926
si le statu quo est, aujourd'hui encore, et à supposer qu'il puisse être
maintenu "tel quel", préférable à une inscription
sociale qui inclurait une position réglementaire.
Les psychanalystes sont habituellement très réticents à l'idée même de réglementation. Ce réflexe s'explique aisément pour les raisons dites plus haut. Mais cette réticence émane aussi d'une interprétation selon laquelle toute réglementation consisterait inévitablement pour eux à se soumettre à une série de conditions établies par l'État lui-même, au mépris ou dans la méconnaissance de la spécificité de leur profession. Or, dans ce domaine, le Droit envisage des modalités très différentes, dont certaines méritent l'attention des analystes, afin d'examiner si, paradoxalement, une des options juridiques prévues ne conviendrait pas mieux que l'actuel statu quo au soutien de leur autonomie et de leur indépendance.
Ainsi, par exemple, le Droit prévoit que l'État remette aux instances représentatives d'une profession le soin de définir les conditions de son exercice ainsi que la reconnaissance et les modes d'habilitation de ceux qui s'y soumettent. Dans un tel cas, l'État n'intervient nullement dans la définition de ces conditions puisqu'il remet ce soin aux professionnels eux-mêmes. Les juristes consultés font remarquer qu'une telle option présente l'intérêt de dépendre uniquement de l'accord préalable qui peut s'établir entre les diverses Associations concernées.
Plus précisément encore, en ce qui concerne la pratique de la psychanalyse, l'option définie comme "protection du titre" paraît, au dire des juristes, convenir plus particulièrement. Mais cette option n'est qu'un exemple, dont l'examen n'exclut évidemment pas celui de modalités diverses prévues par le Droit, ni même la proposition d'options autres à définir, attendu que le Droit évolue aussi.
En quoi consiste l'option "protection du titre" ?
La "protection du titre", comme forme juridique réglementaire, n'a rien à voir avec l'obtention d'un diplôme reconnu par l'État. C'est, là aussi, une confusion fréquemment faite par les psychanalystes, tant est forte et à juste titre leur vigilance à préserver l'originalité du processus grâce auquel un analysant peut devenir psychanalyste. Nous savons bien que la formation du psychanalyste ne saurait être garantie par un diplôme, puisque le "savoir" à l'oeuvre dans la cure n'est pas de l'ordre de l'application d'un corpus de connaissances ; et ce qu'on appelle "contrôle", quelle que soit la tendance qui en inspire la pratique, n'a rien non plus d'un contrôle de savoir. Dans ces deux temps principaux de la formation de l'analyste, c'est toujours d'un questionnement qu'il s'agit, et le transfert y joue le rôle essentiel.
Les juristes définissent ainsi l'option "protection du titre" :
« Il s'agit d'une forme de réglementation par laquelle une loi soumettrait l'exercice légal de la psychanalyse à la condition d'être membre d'une des associations psychanalytiques reconnues par l'État. La loi laisserait le soin à un décret en Conseil d'État de fixer, aux conditions qu'elle aurait prescrites, la liste de ces associations. L'État ne crée donc pas lui-même une instance ordinale dotée d'un monopole d'inscription des psychanalystes, mais reconnaît aux associations psychanalytiques qu'il juge représentatives de la profession le pouvoir de délivrer le titre de psychanalyste. »
« Il s'agit d'un type d'organisation professionnelle, qui pourrait peut-être plus facilement s'adapter à la situation actuelle de la psychanalyse en France, dans la mesure où il s'appuie directement sur la diversité des écoles doctrinales pour assurer la réglementation. Cette solution permettrait donc de pourvoir à l'organisation de la profession dans le cas où aucun accord ne serait possible entre les écoles psychanalytiques sur la création d'une structure professionnelle commune. Il faut souligner également que ce type de réglementation n'empêcherait personne de pratiquer la psychanalyse sans être membre d'une association reconnue, mais interdirait simplement d'employer le titre de psychanalyste. »
("Le statut juridique de la psychanalyse", par Bruno Nicolle, avec le concours de Michel Troper, professeur de droit civil à l'université de Paris X, et Jacques Sédat - in ETAT DES LIEUX DE LA PSYCHANALYSE, par Serge Leclaire et l'APUI, pp. 284-285, Édit. Albin Michel, 1991)
Ainsi l'option "protection du titre" n'exigerait pas la réduction des diversités ni même celle des divergences au sein de la mouvance psychanalytique. Cette réglementation minimale, qui ne privilégie pas telle ou telle association au détriment des autres, assurerait plutôt "la protection de l'accord minimum qui forme l'intérêt commun de la profession" (État des lieux de la psychanalyse, p. 270), et elle offre par là quelque chance de garantir le respect du pluralisme.
Moustapha Safouan, dans un texte récent à propos du titre, écrit ceci :
« Rigoureusement parlant, le titre de "psychanalyste" ne se
donne pas. Il se prend, mais le fait de le prendre ne lui donne aucune validité
tant qu'il n'est pas reconnu par quelques autres. Mais à qui revient
le droit de cette reconnaissance ? Nous proposons cette réponse : à
toute institution qui considère que la psychanalyse consiste essentiellement
dans l'analyse du transfert comme voie obligée de l'expressivité
du désir inconscient et que l'analyse didactique reste au centre de toute
formation d'analyste. Il appartient à l'État, conclut-il, de demander
aux institutions qui se proposent de former des analystes sur ces bases-là
de lui communiquer les noms des analystes reconnus comme tels ».
("Litura", revue de la FONDATION EUROPEENNE POUR LA PSYCHANALYSE,
n°11, mars 2000).
La protection du titre qui, encore une fois, n'est qu'une option parmi d'autres, pourrait très bien s'accommoder de cette proposition. On peut dès lors se demander si, au lieu de donner prise à quelqu'ingérence de l'État, une réglementation ainsi entendue n'aurait pas plutôt pour effet de limiter le rôle de l'État qui n'en demande pas davantage à entériner les conditions proposées par les associations psychanalytiques ? D'où la principale urgence présente : que s'engage une large concertation entre les analystes et entre les associations psychanalytiques, en vue de définir et mettre en oeuvre une politique pour le soutien de la psychanalyse "laïque".
C'est pour contribuer à ce débat que nous avons écrit
ce texte.
Mai 2000
Rosa Guitart (Rennes)
Jean Perroy (Nantes)
Claude Pont (Rennes)
Jacques Sédat (Paris)
Pour une reconnaissance du titre de psychothérapeute
par le Dr Pierre Coret,
Paris
Si je suis d'accord pour reconnaître que le psychiatre et le psychologue
clinicien ont quelques bonnes bases théoriques et cliniques pour entreprendre
une formation sérieuse dans le champ de la psychothérapie, il
me faut faire quelques constats incontournables :
- Au cours de mon CES de psychiatrie, la formation que j'ai reçue à
l'université en matière de psychothérapie était
quasiment nulle, et rien ne me permet de penser qu'elle est meilleure aujourd'hui.
- Les formations sérieuses prodiguées en ce domaine se font au
sein d'écoles privées dûment accréditées par
des instances professionnelles représentatives de la profession et seule
une minorité de psychiatres y participent.
Aussi, suis-je stupéfait que le président du Syndicat national
des psychiatres privés puisse affirmer tout de go : « Le psychiatre
est par définition un psychothérapeute » (1). Je le suis
tout autant de lire, sous la plume du Dr Thierry Jean : « Les psychothérapies
peuvent se répartir en deux groupes, d'une part, celles qui, se réclamant
de la science, traitent le cerveau comme un ordinateur et, d'autre part, celles
qui relèvent de la suggestion » (2). Notre confrère connaît
malheureusement très mal le champ des psychothérapies puisqu'il
définit là très exactement ce contre quoi luttent les principales
organisations professionnelles de psychothérapeutes, en particulier le
SNPPsy, le PSYG et l'AFFOP.
L'exercice de la psychothérapie, autant que celui de la psychanalyse,
est un art complexe qui exige une formation longue et approfondie qui passe
d'abord par un processus de remise en question personnel, puis par un accompagnement
individualisé dans l'apprentissage d'une méthodologie et l'acquisition
d'une éthique et d'une déontologie. Il exige une maturité
psychologique et une expérience de vie qui fontt que la moyenne d'âge
des gens qui se forment se situe entre 30 et 40 ans. Si l'université
peut dispenser quelques notions théoriques, elle ne peut être le
lieu d'un tel processus de transformation où le « savoir-être
» est au moins aussi important que le « savoir-faire ».
La position des psychiatres qui n'ont eu aucune formation psychothérapeutique
approfondie est donc des plus ambiguës et des plus angoissantes : à
la fois, se savoir incompétent dans le domaine des psychothérapies,
mais en même temps en revendiquer la pratique exclusive. Je comprends
alors qu'il souffle sur notre profession un vent de panique devant un tel double
lien. De plus, bon nombre d'entre nous se sentent écartelés face
à des exigences contradictoires : d'un côté, ils sont poussés
par leur formation universitaire et par les autorités de tutelle à
se conformer à des références « scientifiques »
opposables qui réduisent leurs possibilités d'action et les poussent
à un activisme strictement psychopharmacologique ; de l'autre, ils sont
sollicités par un public de plus en plus averti en matière de
psychothérapie et qui attend des formes de prise en charge pour lesquelles
ils n'ont aucune formation. De plus, nombre de ceux qui ont accepté d'en
passer par un tel processus de formation ont choisi de renoncer à leur
statut de psychiatre pour se consacrer exclusivement à la psychanalyse
ou à la psychothérapie. En effet, la position du psychiatre qui
a un savoir « scientifique » sur l'autre et ordonne un traitement
est tout à fait antinomique à la position du psychothérapeute
qui se doit d'être dans un non-savoir sur l'autre afin de l'accompagner
dans une prise de responsabilité de sa propre histoire et de sa propre
souffrance. Même si la question mérite d'être discutée
pour la prise en charge des psychotiques, dans tous les autres cas, vouloir
jouer sur les deux registres en même temps aboutit à une attitude
de toute-puissance qui ne peut amener qu'à des résultats très
décevants.
Le public a compris depuis longtemps la confusion entre ces deux registres.
En effet, quand quelqu'un présente une difficulté existentielle,
ce n'est plus un psychiatre qu'il va aller consulter aujourd'hui, mais un «
psy » recommandé par un ami. C'est là un phénomène
tout à fait nouveau et qui s'est imposé de lui-même. De
nombreux médias, dont des journaux grand public comme « Psychologies
» ou « le Nouvel Observateur », font état régulièrement
de l'importance et de l'efficacité que peut revêtir le fait de
faire une psychothérapie pour se sortir d'une dépression ou résoudre
une difficulté psychologique. Avoir son « psy » est devenu
quelque chose de tout à fait banal dans certains milieux où il
est hors de question de parler d'un psychiatre ou d'un psychologue clinicien.
Pour que la profession de psychiatre retrouve ses lettres de noblesse, il me
semble qu'un certain nombre de mesures s'imposent :
- Cessons de prendre nos autorités de tutelle pour des imbéciles
: il y a au sein de l'administration bien des personnes qui ont connu des crises
psychologiques difficiles et qui, après avoir erré de psychiatre
en psychiatre et d'antidépresseur en antidépresseur, ont finalement
trouvé un psychothérapeute compétent qui leur a permis
de résoudre leur problématique psychologique et de reprendre leur
vie en main ! Acceptons qu'il puisse y avoir des psychothérapeutes sérieux
qui ne soient pas psychiatres.
- Acceptons alors de nous soumettre aux critères de reconnaissance de
la profession de psychothérapeute et faisons en sorte que soit accordée
une tarification spécifique et souple pour ceux qui seront habilités
à mener à bien des psychothérapies.
Il faut reconnaître que pour une frange non négligeable de la population,
le facteur social et le facteur biologique occupent une large place dans le
déterminisme des troubles psychologiques présentés et que
cette même frange a rarement les moyens de recourir aux praticiens non
conventionnés. De plus, certaines pathologies, dans le registre psychotique
notamment, nécessitent une prise en charge multidisciplinaire dont seul
un psychiatre, suffisamment formé en matière de psychothérapie,
peut assurer la coordination. En un mot, il y a un besoin urgent de psychiatres
psychothérapeutes dûment accrédités comme tels.
- Acceptons les contraintes d'une réalité matérielle qui
n'a pas échappé à nos jeunes collègues qui n'ont
pas accès au secteur II. Au taux où se trouve le CPSY aujourd'hui,
comment vivre décemment en gardant ses patients 45 minutes (temps honnête
pour une séance), en sachant que l'énergie qu'exige un tel travail
ne permet guère de dépasser huit séances par jour si on
veut continuer à travailler sérieusement ? Dans de telles conditions,
pourquoi se lancer dans l'aventure déstabilisante et onéreuse
d'une formation à la psychothérapie quand on sait, au vu du mal-être
ambiant, que la demande reste croissante ? De plus, que ce soit pour le renouvellement
d'une ordonnance qui prendra cinq minutes sans aucun risque professionnel et
sans aucun investissement affectif, ou que ce soit pour une séance de
psychothérapie qui prendra quarante-cinq minutes et demandera un investissement
affectif lourd de conséquences en termes de fatigue et de prise de risque,
le tarif sera le même. Nous avons aussi besoin de psychiatres qui soient
d'excellents prescripteurs et sachent orienter les patients vers les types de
thérapies les mieux indiquées en fonction de leur pathologie.
Par ailleurs, on sait que le nombre de psychiatres en France est de 30 % supérieur
à celui de nos partenaires européens. Pour répondre aux
directives de la Communauté européenne, il s'effectue actuellement
une diminution drastique du nombre de ceux qui rentrent en formation, alors
même que la demande ne cesse d'augmenter et que les cabinets sont pleins
(je connais nombre de confrères qui voient jusqu'à 40 patients
dans la journée : comment prétendre faire de la psychothérapie
dans de telles conditions ?).
Vu la pénurie ambiante, vous savez que les hôpitaux recrutent de
plus en plus de psychiatres étrangers originaires d'Afrique ou d'Asie.
Si je ne doute pas de leurs connaissances scientifiques, comment imaginer que
puisse leur être attribuée une fonction de psychothérapeute
alors que certains parlent difficilement notre langue et n'ont pas encore compris
ce que pouvait être une psychanalyse ?
En quoi, alors, un psychothérapeute sérieux viendrait-il empiéter
sur les prérogatives d'un psychiatre ? La reconnaissance, il y a quelques
années, de la profession de kinésithérapeute n'a pas mis
en danger les rhumatologues, mais permis au contraire d'améliorer globalement
la qualité des soins apportés à tous ceux qui souffrent
de troubles rhumatologues. Il en est de même des dentistes par rapport
aux stomatologues, des sages-femmes par rapport aux obstétriciens, etc.
Même si l'analogie ne peut être que partielle (les psychothérapeutes,
tout comme les psychologues, ne se situent pas dans le champ des professions
paramédicales), je ne vois pas pourquoi il n'en serait pas de même
entre les psychiatres et les psychothérapeutes pour améliorer
la qualité des soins à apporter à tous ceux qui souffrent
de difficultés psychologiques et qui sont légion.
La grandeur de l'approche psychothérapeutique est qu'elle travaille sur
la dimension la plus vulnérable, la plus intime et je dirais même
la plus sacrée de l'être, à savoir son monde intérieur,
et qu'il est impossible de réduire cette dimension à un simple
objet d'étude scientifique. C'est pourquoi un tel travail nécessite
non seulement une formation théorique et clinique comprenant en particulier
une solide formation en psychopathologie, mais aussi une formation personnelle
puis didactique et méthodologique approfondie et une maturité
psychologique personnelle allant de pair avec une grande rigueur éthique
et déontologique. Il devient donc urgent d'en reconnaître la spécificité
et d'en faire un exercice légal pour éviter que ne s'engouffre
dans ce vide juridique une foule de charlatans et autres manipulateurs sectaires
prêts à faire fortune sur l'immaturité et la souffrance
psychologique des gens. Il est donc temps que puisse se mettre en place un véritable
dialogue entre les professionnels de la psychothérapie qui ont une approche
rigoureuse et cohérente de la souffrance psychique et toutes les autres
professions qui uvrent dans le champ de la santé mentale. C'est
là l'un des objectifs de l'Association fédérative française
des organismes de psychothérapie (AFFOP, 38, rue de Turenne, 75003 Paris.
Tél. 01.43.35.44.87.)
1) AFNEP-SNPP BIPP n° 26, p. 3.
2) Abstract « Psychiatrie » n° 22,février 2001, p. 3.
Réactions à cette article:
Les psychanalystes Français ne veulent pas d'un titre légal
par le Dr Gérard Bazalgette
président du Quatrième Groupe,
organisation psychanalytique de langue française
Nous venons de lire dans votre numéro 6976 un article du Dr Pierre Coret
intitulé : « Pour une reconnaissance du titre de psychothérapeute
». Cet article pourrait induire le lecteur non averti en erreur, ce pourquoi
nous vous demandons de publier la présente lettre, ainsi que son annexe.
L'auteur, en effet, laisse penser qu'il pourrait exister une quelconque convergence
sur le fond entre les points de vue des psychanalystes et ceux des syndicats
de psychothérapeutes. Par suite, il laisse soupçonner que les
psychanalystes pourraient, eux aussi, comme les syndicats de psychothérapeutes,
souhaiter la création d'un titre légal du psychothérapeute.
Or, évidemment, il n'en est rien. Les sociétés de psychanalyse,
dans leur immense majorité, sont opposées à un tel projet
pour des raisons précises et compréhensibles par tous, raisons
qu'elles ont fait connaître au ministère concerné lorsque
ce dernier a officiellement esquissé une hypothèse de travail
en ce sens.
Nous vous adressons ci-dessous la lettre que notre groupe a pour sa part envoyée
au Gouvernement. Les sociétés de psychanalyse dont les noms suivent
ont, chacune, envoyé un courrier semblable : Association analyse freudienne,
Association freudienne internationale, Association pour une instance tierce
des psychanalystes, Association psychanalytique de France, Centre de recherche
en psychanalyse et écritures, Espace analytique, Fondation européenne
pour la psychanalyse, Cercle freudien, Société de psychanalyse
freudienne, Société psychanalytique de Paris.
Voici quelques adresses de site ou l'on parle de Varela Francisco:
Francisco VARELA ,directeur de recherche au CNRS où il dirigeait l'équipe
"Dynamique des Ensembles Neuronaux" au laboratoire LENA, Neurosciences
Cognitives et Imagerie Cérébrale à l'hopital de la Salpêtrière.
Il était également membre du CREA, Ecole Polytechnique.
Son site est:
http://www.ccr.jussieu.fr/varela/index.html
ou bien
http://www.ccr.jussieu.fr/varela/press_releases/LeMonde16816.html
Vous trouverez également une interview réalisé avec lui sur le site suivant:
http://wwwdsa.uqac.uquebec.ca/~jmtorres/investigacion/rn/francisco_varela.html
Sur le thème : Le cerveau n'est pas un ordinateur"
"C'est de l'activité permanente du corps qu'émerge le sens
de son monde" une interview de Varela F par la Revue Recherche
Mais surtout une fiche très intéressante: http://www.limsi.fr/Individu/gs/Fiches/Maturana.html
Et enfin un résumé d'un livre: Francisco J. VARELA, Quel savoir
pour l'éthique? Action, sagesse et cognition, Paris, Éd. de La
Découverte, 1996, 122 pages http://www.comu.ucl.ac.be/reco/grems/jpweb/varela.htm
par Jean-Pierre Meunier
ou bien un autre résumé à l'adresse suivante:http://www.enssib.fr/autres-sites/reseaux-cnet/84/lect84.html#clement
Chaque mois, sauf pendant les vacances, un échange par courriel
se fera entre les membres du groupe. Cet échange comprendra des commentaires,questions,
associations cliniques sur ce qui a été lu. Que vous vous engagiez
à lire pour participez au groupe paraît indispensable. Plus de
trois mois sans participation au groupe équivaudra à en être
exclu. Nous souhaitons préserver l'idée d'échanges et d'apport
mutuel.C'est une question primordial pour la qualité de la contribution
de chacun.
Pour vous abonner, veuillez vous inscrire au moyen de ce formulaire:
En Belgique, un projet de loi secoue le monde des psychologues cliniciens, voici le résumé d'une réunion, de quoi alimenter votre forum de discussionr:
COMPTE-RENDU PAR thierry.lottin@skynet.be AU SUJET DE :
UN PROJET DE LOI RELATIF AU STATUT DU PSYCHOLOGUE CLINICIEN ?
Trajectoire, état des lieux et points de vue critiques
Dave - Vendredi 8 mars 2002 - 9h /16h30
Journée d'étude organisée par le Centre de Formation Pierre-Jospeh
Triest
Rue Saint-Hubert 84 - 5100 DAVE (Namur)
Cette journée a réuni une cinquantaine de psychologues cliniciens
sur le thème du projet de loi sur l'insertion de l'exercice de la psychologie
clinique dans l'a.r. de loi n°78 sur les soins de santé.
Jean-marc Priels, Vice-Président de la Fédération Belge des Psychologues(FBP), a présenté le contexte historique de ce projet de loi en insistant sur les résultats obtenus par les associations professionnelles depuis leur existence. Depuis quelques années, a reconnaissance du titre de psychologue n'en est pas des moindres.
Thierry Lottin, Vice-Président de l'Association des Psychologues travaillant en institution hospitalière, a présenté ce projet de loi dans sa version actuelle en s'efforçant de l'exprimer dans un langage à la portée de tous.
Bob Cools, attaché au Cabinet de Madame la Ministre Magda Alvoet, est
intervenu pour exposer les motifs de ce projet de loi. Il a ensuite insisté
sur le fait que ce projet de loi sur la psychologie clinique entre dans le cadre
d'une réforme plus conséquente de l'Arrêté royal
n° 78 relatif à l'exercice des professions des soins de santé.
q Le premier pas fut d'en modifier l'intitulé. Il ne s'agit plus de "
l'art de guérir ", mais " des professions de soins de santé
".
q Ces modifications doivent aussi permettre d'établir un cadastre sous
forme d'une banque de données de l'ensemble des professionnels des soins
de santé.
q Il est prévu de réformer l'Ordre des médecins, notamment
en y intégrant le concept de multidisciplinarité.
q Y seront adjoints d'autres professions que les psychologues cliniciens comme
les orthopédagogues, sexologues et psychothérapeutes.
q L'adaptation de l'A.R. n°78 devra aboutir à une relation équitable
entre les diverses professions des soins de santé.
Bob Cools a ensuite commenté une certain nombre de critiques fréquemment
adressées à ce projet de loi.
§ Par exemple, le terme " paramédicalisation " ne renverrait
pas à l'introduction de la psychologie clinique dans la liste des professions
paramédicales. Il s'agirait d'une incompréhension due au langage
juridique.
§ Il a aussi tenu à souligner qu'il ne s'agit pas pour le psychologue
clinicien d'être obligé de collaborer avec le médecin, ni
même d'être contrôlé par ce dernier. De la même
manière, le terme " collaboration " a été introduit
dans la loi récente sur les soins de santé en première
ligne. On pourrait donc parler d'une avancée selon lui si les médecins
acceptent ce terme.
§ S'il est vrai que la différence entre trouble et problème
n'est pas simple à faire, elle préservé davantage la liberté
d'action du psychologue clinicien que la proposition des médecins qui
souhaitaient restreindre le champ d'action du psychologue à certains
troubles relevés dans le DSMIV.
Bob Cools a tenu à insister sur le fait que c'est aussi un travail de
compromis à établir entre les différentes professions des
soins de santé. Ainsi, cet avant-projet de loi a du être soumis
au Conseil supérieur des médecins avant son approbation au Conseil
des Ministres ; ce qui explique que cette version de novembre 2001 est différente
de la version précédente.
De même, à la volonté de certains de faire en sorte que
ce projet de loi constitue un chapitre distinct(chap.III de la loi n°78),
il répond que ce serait aller à l'encontre de l'esprit d'évolution
de cette loi qui cherche à s'adapter à l'approche plus holistique(
et donc de collaboration multidisciplinaire) du soin de santé. En faire
un autre chapitre dans l' l'Arrêté royal n° 78 relatif à
l'exercice des professions des soins de santé serait renforcer le clivage
existant entre le soma(la médecine) et la psyché(la psychologie).
Mr Cools reconnaît la critique selon laquelle des différences conséquentes existeraient entre la version francophone et la version néerlandophone de la loi ; ce que ne manquera pas de relever le Conseil d'Etat actuellement sollicité pour ce projet de loi.
L'exposé de Bob Cools fut suivi d'un débat animé. Il eut
à répondre à certaines questions et inquiétudes
des psychologues cliniciens présents.
Par exemple, si on définit de manière positive la psychologie
clinique, qu'en est-il de la médecine définie de manière
négative ? Est-ce que cela a un sens si la médecine reste définie
sur le mode négatif ? Dans ces conditions, définir la psychologie
clinique ne revient-il pas finalement à permettre légalement aux
médecins l'exercice de la psychologie clinique? Bob Cools espère
que par une politique de petits pas, ces changements auront lieu
mais qu'il
faut bien commencer par un petit pas. Personnellement, il me semble qu'il s'agit
là d'un grand pas pour la médecine et d'un bien petit pas pour
la psychologie clinique. Bob Cools m'a fait part d'une de ses devises : "
La politique, c'est réaliser l'inévitable. ".
A la question de savoir quels sont les liens entre le projet de loi sur la psychothérapie
et le projet de loi sur la psychologie clinique, Bob Cools a répondu
qu'ils ne constituent que deux professions de santé parmi d'autres à
insérer dans cet A.R. n° 78. Si le cabinet s'attache d'abord à
travailler la psychologie clinique plutôt que la psychothérapie,
ce serait avant tout pour une question de facilité ; il s'est avéré
dans les faits que définir l'exercice de la psychothérapie serait
beaucoup plus complexe que définir l'exercice la psychologie clinique.
L'après-midi, Sandra Bachmes, représentante au Secteur Clinique Francophone de la FBP, a résumé les échanges du matin.
Michèle Smal, membre de la Commission de Déontologie de la FBP,
nous a fait part de sa réflexion : et si la psychologie clinique n'appartenait
pas au champ des soins de santé ?
Elle nous a rappelé comme ce combat que le psychologue pour son statut
n'est pas neuf. Déjà en 1967, période où sont sortis
de nos universités les premiers licenciés en psychologie, les
" psychos tiquent ". Par exemple, en 1978, une loi concernant le FNRSH
de l'époque voulait préciser que " le psychologue ne peut
travailler que sur prescription médicale
".
Elle a aussi montré que la psychologie clinique n'est pas qu'une profession
des soins de santé même si elle a des applications dans ce domaine.
Elle a poussé sa réflexion à mettre en évidence
comme le risque est grand que les moindres dysfonctionnements psychosociaux
risquent de se retrouver englobés dans le domaine de la santé
; probablement sous l'impulsion du lobbying des firmes pharmaceutiques
Elle a conclu en affirmant que tant qu'à présent, nous ne faisons
pas de l'exercice illégal de la médecine, mais pour elle nous
ferons de l'exercice illégal de la médecine en acceptant que ce
projet de loi insère la psychologie clinique dans cette Arrêté
de loi sur les soins de santé.
Dominique Flahaut est ensuite intervenu pour mettre en évidence l'importance
de la psychologie clinique dans les soins de santé.
Il nous a par exemple montré les aspects économiques positifs
à mieux intégrer la psychologie clinique dans les soins de santé.
Se fondant sur l'expérience américaine, il a relevé comme
le psychologue est de plus en plus amené à travailler aux côtés
du médecin généraliste. La place du psychologue y est mieux
reconnue. Dans notre pays, le médecin généraliste, confronté
pour une part importante de sa patientèle à une demande d'ordre
psychosociale, n'a d'autres recours que d'y répondre par le médicament
alors que
d'autres professionnels pourraient s'en occuper.
Michel Sokolff , Président de cette journée, l'a conclue par
quelques remarques.
Pourquoi les médecins réagissent-ils si peu à ce projet
de loi ? Selon lui, ce projet de loi les arrangerait bien dans la mesure où
il légalise l'exercice de la psychologie clinique par le médecin.
Il a souligné comme la psychologie clinique est de l'ordre de l'artisanat
et comme ce projet de loi ne donne pas aux psychologues les moyens d'exercer
son art. Cette loi ne définit en rien ce qu'est un psychologue clinicien
dans l'exercice de son art. Par contre elle cherche à cadrer les marginaux
que nous sommes comme tout autre artiste
Jean-Marc Priels, cheville ouvrière de cette journée, l'a clôturé
en situant ce projet de loi dans le chemin qu'il a encore à parcourir
et qui sera long.
Il a rappelé que la psychologie clinique est un métier. L'exercer
implique d'être attentif à trois pôles : le pôle organisationnel
(réfléchir ce que l'on fait), le pôle professionnel( s'associer
à ses pairs, être attentif à sa déontologie
)
et le pôle statutaire (notre fonction dans la société, nos
droits et nos devoirs
). Manifestement, ce projet de loi nous contraint
à mieux nous situer sur le plan statutaire. C'est donc le devoir de tous
les psychologues que de se mobiliser et le rester aussi longtemps que le nécessite
ce projet de loi tout au long de son parcours.
NOTES
§ IL va de soi que ce compte-rendu n'engage que son auteur et ne garantit
en rien le fait d'avoir repris précisément les idées de
chacun des intervenants.
§ Magda Alvoet a rédigé un " note de politique relative
aux soins de santé mentale " facile à se procurer sur demande
à son Ministère(http://www.bfp-fbp.be/BfpFR/index.html).
Ce texte pourrez incessamment lire le texte des différents exposés
sur le site internet de la FBP(http://www.bfp-fbp.be).
§ Pour ceux qui l'ignoreraient, le 20 mars 02, le PSC organise un forum
à la Chambre des Députés concernant ce projet de loi. Tout
psychologue peut y être. Les membres de la FBP recevront sous peu une
invitation. Les autres peuvent contacter Madame Lambrechts au Sénat (lambrechts@psc.polgroups.senate.be.).
§ Pour information, je vous invite à aller lire un avis de l'Ordre
des médecins qui date de longtemps mais qu'on retrouve depuis peu sur
leur site. Il est question des rapports entre psychothérapeutes et médecins.
Il y a de quoi être pessimiste sur la capacité au changement des
médecins
(http://www.ordomedic.be,
cliquez sur avis, puis sur "situe mieux les intentions de la Ministre à
propos de la psychologie clinique.
§ Adresse où vous pouvez trouver l'intégralité de
l'Arrêté royal n° 78 relatif à l'exercice des professions
des soins de santé :
§ http://www.health.fgov.be/AGP-Lex/fr/legislation/loi/ar-n-78-version_complete/ar-n78.htm
§ Vous pourrez aussi trouver d'autres infos concernant ce projet de loi
sur le site de l'Association des Psychologues travaillant en institutions hospitalière.
(APIH) : http://www.ping.be/~wlodar/.
§ Adresse du site du Ministère de la Santé :
http://www.health.fgov.be.
§ Site où se trouve le projet de loi sur l'exercice de la psychologie
clinique :
http://www.health.fgov.be/AGP/fr/projets/avant-projet/loi_psychologie_clinique.pdf
§ site où se trouve le FAQ(Questions fréquemment posées
au sujet de l'avant-projet de loi sur la psychologie clinique) :
http://www.health.fgov.be/AGP/fr/projets/faq.htm.
Thierry Lottin
Psychologue Clinicien
Vice-Président de l'APIH
245, rue du Chesselet
Sambreville 5060
Tél : 0032 71 760616
Email : thierry.lottin@skynet.be
Vous pouvez vous procurer un article de Lacan sur le transfert à l'adresse
suivante: http://www.ecole-lacanienne.net/bibliotheque.php3?id=11
Vous pouvez vous procurer Totem et tabou de Freud à l'adresse suivante:
http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
cliquez sur La collection puis sur Freud