LACAN : LES COMPLEXES FAMILIAUX par Jacques M. Lacan (1938)

Cet article de LACAN, écrit à la demande de Wallon est publié dans l’Encyclopédie française, tome VIII, en mars 1938.
On trouvera ci-dessous le plan de cet article reproduit à peu près tel qu’il figure dans l’édition originale : les intertitres furent imposés à LACAN par Lucien Febvre (responsable de l’Encyclopédie française) et Henri Wallon (responsable du Tome VIII, intitulé : La vie mentale). Ce travail hors du commun a son histoire-se rapporter au mémorandum de Lucien Febvre dont il est question dans Jacques LACAN de Élisabeth Roudinesco.

Deuxième PARTIE
CIRCONSTANCES ET OBJETS DE L’ACTIVITÉ PSYCHIQUE
SECTION A-LA FAMILLE
INTRODUCTION-L’INSTITUTION FAMILIALE Jacques-M. LACAN 8.40- 3
Structure culturelle de la famille humaine
La famille primitive-une institution
Chapitre I
LE COMPLEXE, FACTEUR CONCRET DE LA PSYCHOLOGIE FAMILIALE Jacques-M. LACAN 840- 5
Définition générale du complexe Le complexe et l’instinct Le complexe freudien et l’imago
1. Le complexe du sevrage 8.40- 6
Le sevrage, en tant qu’ablactation
Le sevrage, crise du psychisme
L’imago du sein maternel
Le sevrage-pré maturation spécifique de la naissance
Le sentiment de la maternité L’appétit de la mort Le lien domestique La nostalgie du Tout
2. Le complexe de l’intrusion 8.40- 8
La jalousie, archétype des sentiments sociaux 8.40- 8
Identification mentale L’imago du semblable Le sens de l’agressivité primordiale
Le stade du miroir
Puissance seconde de l’image spéculaire Structure narcissique du moi
Le drame de la jalousie-le moi et l’autrui 8.40-10
3. Le complexe Œdipe 8.40-
schéma du complexe Valeur objective du complexe
La famille selon Freud
Le complexe de castration
Les fonctions du complexe-révision psychologique
Maturation de la sexualité
Constitution de la réalité
Répression de la sexualité
Sublimation de la réalité
originalité de l’identification œdipienne L’imago du père
Le complexe et la relativité sociologique
Matriarcat et patriarcat
L’homme moderne et la famille conjugale
Rôle de la formation familiale Déclin de l’imago paternelle
CHAPITRE II
LES COMPLEXES FAMILIAUX EN PATHOLOGIE Jacques-M. LACAN 8.42-
1. Les psychoses à thème familial
Fonction des complexes dans les délires
Réactions familiales thèmes familiaux
Déterminisme de la psychose
Facteurs familiaux
2. Les névroses familiales 8.42- 3
symptôme névrotique et drame individuel De l’expression du refoule à la défense contre
l’angoisse Déformations spécifiques de la réalité humaine Le drame existentiel de l’individu La forme
dégradée de Œdipe
Névroses de transfert
L’hystérie La névrose obsessionnelle
Névroses de caractère

La névrose d’autopunition Introversion de la personnalité et schizonoia Inversion de la
sexualité Prévalence du principe mâle
SECTION B-L’ ÉCOLE
SECTION C-LA PROFESSION
SECTION D-VIE QUOTIDIENNE ET VIE PUBLIQUE
(8.40-3)SECTION A-LA FAMILLE
INTRODUCTION-L’INSTITUTION FAMILIALE
La famille parait d’abord comme un groupe naturel d’individus unis par une double relation biologique-la génération, qui donne les composants du groupe-les conditions de milieu que postule le développement des jeunes et qui maintiennent le groupe pour autant que les adultes générateurs en assurent la fonction. Dans les espèces animales, cette fonction donne lieu à des comportements instinctifs, souvent très complexes. On a d° renoncer à faire dériver des relations familiales ainsi définies les autres phénomènes sociaux observés chez les animaux. Ces derniers apparaissent au contraire si distincts des instincts familiaux que les chercheurs les plus récents les rapportent à un instinct original, dit d’interattraction.
Structure culturelle de la famille humaine
L’espèce humaine se caractérise par un développement singulier des relations sociales, que soutiennent des capacités exceptionnelles de communication mentale, et corrélativement par une économie paradoxale des instincts qui s’y montrent essentiellement susceptibles de conversion et d’inversion et n’ont plus d’effet isolable que de façon sporadique. Des comportements adaptatifs d’une variété infinie sont ainsi permis. Leur conservation et leur progrès, pour dépendre de leur communication, sont avant tout oeuvre collective et constituent la culture-celle-ci introduit une nouvelle dimension dans la réalité sociale et dans la vie psychique. Cette dimension spécifie la famille humaine comme, du reste, tous les phénomènes sociaux chez l’homme.
Si, en effet, la famille humaine permet d’observer, dans les toutes premières phases des fonctions maternelles, par exemple, quelques traits de comportement instinctif, identifiables à ceux de la famille biologique, il suffit de réfléchir à ce que le sentiment de la paternité doit aux postulats spirituels qui ont marqué son développement, pour comprendre qu’en ce domaine les instances culturelles dominent les naturelles, au point qu’on ne peut tenir pour paradoxaux les cas où, comme dans l’adoption, elles s’y substituent.
Cette structure culturelle de la famille humaine est-elle entièrement accessible aux méthodes de la psychologie concrète-observation et analyse-Sans doute, ces méthodes suffisent-elles à mettre en évidence des traits essentiels, comme la structure hiérarchique de la famille, et à reconnaître en elle l’organe privilégié de cette contrainte de l’adulte sur l’enfant, contrainte à laquelle l’homme doit une étape originale et les bases archaïques de sa formation morale.
Mais d’autres traits objectifs-les modes d’organisation de cette autorité familiale, les lois de sa transmission, les concepts de la descendance et de la parenté qui lui sont joints, les lois de l’héritage et de la succession qui s’y combinent, enfin ses rapports intimes avec les lois du mariage obscurcissent en les enchevêtrant les relations psychologiques. Leur interprétation devra alors s’éclairer des données comparées de l’ethnographie, de l’histoire, du droit et de la statistique sociale. Coordonnées par la méthode sociologique, ces données établissent que la famille humaine est une institution. L’analyse psychologique doit s’adapter à cette structure complexe et n’a que faire des tentatives philosophiques qui ont pour objet de réduire la famille humaine soit à un fait biologique, soit à un élément théorique de la société.
Ces tentatives ont pourtant leur principe dans certaines apparences du phénomène familial pour illusoires que soient ces apparences, elles méritent qu’on s’y arrête, car elles reposent sur des convergences réelles entre des causes hétérogènes. Nous en décrirons le mécanisme sur deux points toujours litigieux pour le psychologue.

Hérédité psychologique

Entre tous les groupes humains, la famille joue un rôle primordial dans la transmission de la culture. Si les traditions spirituelles, la garde des rites et des coutumes, la conservation des techniques et du patrimoine lui sont disputées par d’autres groupes sociaux, la famille prévaut dans la première éducation, la répression des instincts, l’acquisition de la langue justement nommée maternelle. Par là elle préside aux processus fondamentaux du développement psychique, à cette organisation des émotions selon des types conditionnés par l’ambiance, qui est la base des sentiments selon Shand-plus largement, elle transmet des structures de comportement et de représentation dont le jeu déborde les limites de la conscience.

Elle établit ainsi entre les générations une continuité psychique dont la causalité est d’ordre mental. Cette continuité, si elle révèle l’artifice de ses fondements dans les concepts mêmes qui définissent l’unité de lignée, depuis le totem jusqu’au nom patronymique, ne se manifeste pas moins par la transmission à la descendance de dispositions psychiques qui confinent à l’inné.Conn a créé pour ces effets le terme d’hérédité sociale. Ce terme, assez impropre en son ambiguïté, a du moins le mérite de…

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